
Loin des facs, loin des « AG », loin du petit monde étudiant que j’ai si bien connu, mes sentiments balancent entre peine, pitié, énervement et franche rigolade. Diplômé du second cycle, je me souviens de toutes ces années à vivre la même chose qu’il se passe aujourd’hui. Les interventions des délégués de syndicats d’extrême gauche en amphithéâtre pour nous dire ô combien il fallait se motiver pour une grande « AG ». La grande « AG » qui finissait par se faire 1, 2 semaines ou parfois 2 mois plus tard (Il faut dire que les syndicats prenaient de l’avance, rappelons-nous que Paris-Tolbiac avait déjà été bloqué en mai dernier, suite à l’élection de Sarkozy. Pour protester contre les prochaines réformes, disait-on !). Quelle AG dis-donc ! Pour ceux qui n’auraient pas connu ce monde si amusant je précise : AG signifie « Assemblée générale », c’est-à-dire la réunion des quelques dizaines de grévistes — et centaines de sympathisants s’ils ont de la chance — afin de voter la grève et le blocage qu’ils sont décidés à faire. La minorité par rapport à l’ensemble d’une fac de milliers d’étudiants, y est de mise. Les conditions démocratiques modernes (vote à bulletin secret, en isoloir, ouvert à tous, sans se taper 3 heures de débats inintéressants) ne sont en général pas de mise. Est plutôt recommandé le port de cheveux longs, d’une écharpe de couleur vive enroulée autour du cou, ou d’un keffieh, ainsi que de vêtements amples dans le style « new glandeur ». Sont préférés également les étudiants en lettres et sciences humaines, philo, histoire, socio et psycho… En revanche sont peu appréciés les étudiants en économie, en gestion, en sciences dures ou tout simplement les étudiants dits de droite ou membres de l’UNI. Au cas où ceux-là seraient tout de même tenter d’y aller, on leur fera comprendre qu’ils sont en minorité dans l’ « AG ». Et s’ils s’avisaient de venir par centaines, ameutant l’amphi de gestion, on reportera l’ « AG ».
Comme il est amusant de constater, si loin de l’agitation étudiante en France, que rien n’a changé. Il y a quelques jours j’apprenais les « événements d’octobre-novembre 2007 ». Paris-Tolbiac, Nantes et Rennes 2 comme pionniers, pour changer. Les universités étaient prises d’assaut, les piquets de grève établis, et les votes secrets repoussés, contestés, et même agressés. Puis Bruno Julliard et l’UNEF les récupéraient, y mettant leur grain de sel, toujours à l’affût d’un nouveau coup de pub pour leur syndicat, et pour eux-mêmes. Préparant leur future carrière poubelle au P.S. Et là encore les étudiants en sciences humaines et lettres y étaient encore omniprésents, mais toujours minoritaires. S’ajoutant aux contestations des différents projets de réformes du gouvernement, de la loi sur l’immigration à la réforme des régimes spéciaux, à l’ensemble des manifestations prévues dans tout le pays, les leaders syndicaux étudiants espèrent recréer un nouveau « Mars 2006 » ! Aujourd’hui la loi Pécresse, hier le CPE, avant-hier Mai 68, l’ultra-conservatisme étudiant ne bouge pas d’une ligne ! Repoussé sans cesse, il attend patiemment, et entend déclencher « sa » révolution réactionnaire gauchiste et néo-marxiste, quand il le pourra, contre l’évolution du monde moderne et contre le choix de la majorité des citoyens français, tout comme contre la majorité des étudiants, qui ne demandent qu’à pouvoir étudier.
Qu’importe si tous les analystes et spécialistes reconnaissent la nécessité de profondément réformer le système universitaire français, qu’importe si la réforme de ce gouvernement n’est encore qu’une mesurette. Qu’importe si les modèles qui fonctionnent ne sont pas ceux de l’UNEF, et encore moins ceux de la CNT ou de Sud-étudiant !
Quand la France se débarrassera-t-elle des derniers avatars du marxisme et de l’anarchisme ? Ces manifestations feront-elles tomber Fillon, reculer la loi ou bien provoqueront-elles de nouveaux affrontements de rue ? Peut-être Sarkozy aurait-il mieux fait de modifier les conditions de grèves dans les facs, avant de toucher à leur statut. On attend de lui une chose en tout cas : que la France de Sarkozy ne soit plus la France qui bloque. « Ensemble tout est possible » avait-il dit, la même question revient : qui est cet ensemble ?