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vendredi 26 décembre 2008

Les émeutes d'Athènes

Actuellement en voyage d'études à Athènes en Grèce, Yerum Dark, membre permanent de lumieresdumonde a pu observer les émeutes d'Athènes au plus près. Nous lui avons demandé un premier éclaircisssement.

Merci à Yerum Dark.




C'est le 7 décembre dernier, dans un quartier central d'Athènes et proche de l'université d'architecture que Andréas Grigoropoulos, 15 ans, fut abattu par Epaminondas Korkonéas, policier de 37 ans, alors en patrouille avec un collègue dans ce quartier. Bien que celui-ci ait affirmé avoir tiré en l'air afin d'écarter le groupe de jeunes qui lui lançaient des cailloux et déclaré que seul un ricocher avait pu tuer l'adolescent, des images depuis ont démontré le contraire.


Homicide volontaire ou non cet acte fut le point de départ d'une vague de violences organisées et définitivement prête à en découdre avec les forces de l'ordres. Athènes a donc été la cible de la destruction de nombreux magasins (plus de 600 à ce jour-20/12/2008) mais aussi d'immeubles incendiés et d'affrontements entre les policiers (l'équivalent de nos CRS) et des bandes d'émeutiers.


Il faut savoir qu'un climat de tension s'était installé depuis un bon moment en Grèce compte tenu de la crise économique qui sévissait plus qu'ailleurs. En effet le SMIC grec se situe à hauteur de 700 euros par mois et le prix de l'immobilier et des produits de consommation sont quant à eux plutôt élevés. Depuis deux mois maintenant de nombreuses manifestations et grèves contre la privatisation des transports ou encore la régularisation des immigrés (10 % à ce jour) faisaient parties du paysage quotidien. A cela s'ajoute une certaine haine de l'autorité et de l'attitude des policiers pour un pays qui ne vit plus sous une dictature depuis seulement 30 ans.


Malaise économique ancré dans la société, ces « émeutes sociales » orchestrées à Athènes par les anarchistes et divers membres des partis de gauche ont finit par s'étendre sur tout le pays dans les grandes villes : à Thessaloniki ou encore Patras mais aussi sur les îles à Corfou ou Paros.


En tant que français à Athènes ces émeutes nous rappellent obligatoirement celles de 2005 en France étant donné la proximité des faits : un jeune homme est abattu suite à une altercation avec des policiers, ce qui entraîne une vague de rébellion impressionnante. Pour autant la cause des émeutes comme l'identité des émeutiers n'est pas vraiment la même. Les émeutiers grecs par exemple sont en réalité beaucoup mieux organisés. En effet chaque action est précédée de la mise hors service des cameras de surveillance, de la protection de leur visage (pour lutter contre les gaz lacrymogène et ne pas être reconnu par les medias) et enfin de la préparation de cocktails Molotov au préalable. Par ailleurs ils sont aussi beaucoup plus concernés politiquement et à la différence de nos émeutiers la plupart sont des membres actifs de partis politique ou ont tout simplement un objectif politique plus précise derrière la tête et non simplement une haine du système (ou de la société occidentale). Enfin, le fait qu'Athènes soit une plus petite ville que Paris où le coeur politique est facile d'accès, les actions entreprises touchent directement le gouvernement (un peu comme si des émeutiers cherchaient à détruire l'Elysée).


Deux semaines plus tard, la tension n'est toujours pas retombée. En effet les émeutiers reprochent au policier de ne pas s'être excusé tandis que les partis de gauche ne cessent de demander de nouvelles élections au gouvernement en place qui ne sait pas comment réagir, hésitant entre répression et laisser faire. Bien que les informations françaises aient montré les émeutes comme une apocalypse, nous n'en sommes pas encore là. Cependant ces émeutes ont coûté des millions à l'Etat avec malheureusement bien souvent des dégâts irréversibles pour les commerçants. Les affrontements entre force de l'ordres et émeutiers ne cessent du coté de l'université d'architecture (un peu la Sorbonne grecque) dans laquelle les policiers ne peuvent pas rentrer compte tenu de la législation qui leur interdit de passer les portes de quelconque université grecque.


En définitive on se dirige vers un apaisement des nuits de destructions bien que la tension et le malaise profonds soient toujours bien présents, n'attendant qu'une petite étincelle pour tout refaire voler en éclats.


Yerum Dark

vendredi 17 octobre 2008

Jacques Attali, Une brève histoire de l’avenir, Paris : Fayard, novembre 2006


J’avais quelque peu entendu parler de ce livre il y a deux ans, à sa sortie. J’en avais lu quelques passages et on me l’avait recommandé. Lire de l’ancien conseiller et bras droit de François Mitterrand à la présidence, savant reconnu et homme de gauche respecté, que d’ici 2050, c’est plus l’Europe de demain qui ressemblera à l’Afrique d’aujourd’hui plutôt que l’Afrique de demain qui ressemblera à l’Europe d’aujourd’hui ; voilà qui avait de quoi intéresser. D’autant que, quiconque est déjà allé faire un tour sur des sites dénoncés comme d’ « extrême droite » sait qu’on y voit, si rien n’est fait, un avenir similaire. Pour autant, sans porter aucun jugement sur l’une ou l’autre des perceptions de l’avenir, la lecture du livre de Jacques Attali dans son intégralité permet de voir que les raisons invoquées ne sont pas tout à fait les mêmes.



Aussi la lecture de l’avant-propos m’a donné envie de poursuivre ma lecture, pour voir si deux ans après sa sortie, un proche avenir déjà par rapport à 2006, quelques-unes des grandes lignes énoncées par l’économiste commençaient déjà à clairement pointer leur nez. Son idée majeure portant sur la poussée fatale de ce qu’il appelle l’ « Ordre marchand » (soit l’unique loi du marché ou ce que d’autres appellent encore l’ultralibéralisme ou ultracapitalisme), il allait de soi de le lire en pleine crise financière internationale.



Ecrire l’histoire de l’avenir : voici donc l’expérience originale et ô combien difficile que tente ici Jacques Attali. Un avenir qu’il découpe en trois vagues qui, selon lui, pourraient succéder à la « fin de l’Empire américain » :



1° L’hyperempire : soit le règne de l’Ordre marchand. La victoire de l’esprit capitaliste, du règne de l’argent, du profit, du Capital sur toute autre grande valeur qui fonde notre vie, y compris sur la démocratie. On est en effet quelque peu secoué en lisant sous la plume d’Attali que ceux qui n’ont pourtant aucune histoire d’Ancien régime, et pour qui la Démocratie libérale est au fondement même de la naissance des Etats-Unis d’Amérique, pourraient basculer vers une dictature. C’est son avis et l’une de ses peurs.



2° L’hyperconflit : soit le désordre relatif d’un monde atteint par la désintégration des Etats et du domaine public laissant libre cours à la piraterie, aux contestations violentes, néo-tribales, communautaires, terroristes. Bien que cette partie, plus géopolitique, fut celle envers laquelle je portais le plus d’intérêt à l’origine, elle fut quelque peu décevante, au sens où il est trop difficile de prévoir 20, 30, 50 ans à l’avance quel(s) conflit(s) pourrai(en)t l’emporter et déstabiliser le monde civilisé. Jacques Attali fait le tour de plusieurs hypothèses et en développe les conditions, il n’exclut pas le fait d’une troisième guerre mondiale encore plus destructrice que la seconde si quelques événements tournaient mal.



3° L’hyperdémocratie : la troisième vague de l’avenir, celle qui succède aux deux vagues précédentes(négatives aux yeux de l’auteur), celle qui, dans un élan d’espoir (par moments un peu rêveur) vient réguler le marché, les guerres, la piraterie, la haute technologie, la génétique, l’éthique et rétablit une démocratie au niveau mondial. Une démocratie qui en définitive vainc les ambitions destructrices des dictateurs, des ultra-individualistes, des « ultra-nomades » de l’hyperempire économique, de l’ « hypersurveillance » et de l’ « autosurveillance » qu’auront permis les technologies de pointe et les nanotechnologies. Une démocratie mondiale de « transhumains » animant des « entreprises relationnelles » développant des « biens essentiels » et où l’altruisme, l’hospitalité et le respect du monde auront pris le dessus sur le profit.




On ne contestera ici ni les connaissances ni les capacités de l’auteur à lire cet avenir. Mais l’ouvrage a ce défaut qu’on a parfois l’impression de lire un livre de science-fiction ; surtout lorsque l’auteur s’étale sur ce qui arriverait si l’humanité se laissait aller aux plaisirs de la reproduction génétique, du clonage, de la robotique et de la recherche de l’immortalité par la création éternelle d’autres ‘soi’. Sans doute l’exercice le veut, c’est vrai ; il n’empêche qu’on se demande parfois si Spielberg, Georges Lucas ou Woody Allen n’auraient pas eu une meilleure imagination. Or faute de pouvoir donc trop s’avancer, l’auteur reste parfois très général, si bien que sans doute, un véritable roman dans un style Dantec rationalisé aurait peut-être été plus passionnant.


Pour un livre sur l’avenir, le plus paradoxal est que l’apport de l’analyse de l’auteur, à mon sens, vient en fait de sa lecture de l’histoire … du passé. Un passé qu’il reprend dans les grandes lignes depuis la pré-histoire en passant par toutes les grandes civilisations, de la Chine des Xia jusqu’aux temps modernes, en passant par Ur, Sumer, Ninive, Babylone, l’Egypte ancienne et l’épopée de Gilgamesh — réflexion sur le désir moteur de l’Histoire — ou encore l’Inde du Nord et les Upanishad — représentation littéraire majeure d’une éthique faite du refus du désir, au contraire de l’épopée de Gilgamesh. Aussi Jacques Attali se fait-il analyste de lois de l’histoire, comme Marx avant lui qu’il cite souvent comme celui ayant su voir en grande partie les conflits qui pouvaient naître 50 ans à un siècle plus tard. On pourrait d’ailleurs reprocher au conseiller de François Mitterrand de tomber dans le même travers que son prédécesseur en voulant voir dans l’histoire une suite linéaire lisible, compréhensible et explicable scientifiquement, les événements allant à l’encontre de cette « science » et de ces « lois » historiques n’étant que des accidents ponctuels négligeables à l’échelle d’un temps long plus que braudélien. Toutefois, à la différence de Marx, Jacques Attali ne prévoit évidemment pas la victoire des Travailleurs sur le Capital mais la poursuite de l’Ordre marchand jusqu’à sa régulation dans une démocratie mondiale qui le rende plus humain. Au fond pourrait-on aussi voir là aussi la volonté de lire une « fin » heureuse à l’histoire, qu’elle advienne par la classe ouvrière (chez Marx), ou par la régulation mondiale démocratique (chez Attali).


L’histoire d’une Histoire qu’on pourra débattre sans fin … justement.



Quoiqu’il en soit ce sont sans doute les trois premières parties du livre qui se révèlent en réalité les plus intéressantes, l’auteur extirpant sa théorie de l’avenir à partir d’une « brève histoire du capitalisme », de la victoire des marchands et des « cœurs » financiers sur le féodalisme et bientôt sur les Etats. Bruges ou ‘les prémices de l’Ordre marchand’ (1200-1350) ; Venise ou ‘la conquête de l’Orient’, 1350-1500 ; Anvers ou ‘l’heure de l’imprimerie’, 1500-1650 ; Gênes ou l’art de spéculer, 1560-1620 ; Amsterdam ou ‘l’art de la flûte’, 1620-1788 ; Londres ou ‘la force de la vapeur’, 1788-1890 ; Boston ou ‘l’explosion des machines’, 1890-1929 ; New York ou ‘la victoire électrique’, 1929-1980 et enfin Los Angeles ou ‘le nomadisme californien’ depuis 1980 : autant de villes-cœurs de l’Ordre marchand à une époque où ils ont su dominer ce dernier et lui donner une orientation. Un cœur qui devrait encore se déplacer d’ici 20 ans … mais pas si loin que ça… un peu de suspens ici aussi ne fera pas de mal.





Braudélien : de Fernand Braudel, historien théoricien de l’Histoire longue par opposition à l’Histoire événementielle, grand représentant de « L’Ecole des Annales », professeur au Collège de France et auteur de La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, publiée pour la première fois en 1949.







jeudi 8 mai 2008

De la violence en clip


On reste souvent perplexe devant ce type de clip. On en a vu des clips violents. Celui-ci est l'un des meilleurs, sans aucun doute. Oui mais voila, rien a voir avec un groupe de rap, il s'agit ici de techno.
La violence des cités se banalise-t-elle? Est-elle devenue un tel phénomène de mode? Un tel clip entrainera t-il une forme d'identification (pas besoin de ce clip à mon avis pour cela).
Au contraire, s'agit-il ici de dénoncer cette violence gratuite? De faire prendre conscience à ceux qui n'y voient que pauvres victimes qu'il s'agit bien d'une violence gratuite?
L'auteur refuse de commenter et veut laisser le public se faire sa propre idée, la discussion est donc ouverte après cet article publié dans Marianne qui revient sur les faits.

Bonne lecture et bonne vision du clip.
Merci a Luc le marcheur du ciel pour nous l'avoir envoye.

Gad.

Justice ou le marketing par la violence... gratuite



Le nouveau clip du groupe français Justice présente avec réalisme des jeunes dans une débauche de violences urbaines. Le réalisateur, Romain Gavras, refuse de commenter.








La vidéo s'échange sur internet à vitesse grand V. On y voit de jeunes garçons noirs et maghrébins, dans la rue où ils détruisent tout sur leur passage et agressent violemment les passants. Racket, voiture brûlée, bar saccagé, policiers roués de coups… Même le cameraman finit par se faire agresser. Des images extrêmement réalistes où la violence est non seulement gratuite mais exhibée, glorifiée. Ce n'est, malgré les apparences, pas un documentaire. En fait, il s'agit d'un clip. Celui de la chanson Stress, du groupe Justice.
Les Justice ont vendu des milliers d'albums, joué devant plus de dix mille personnes, remporté une victoire de la musique au mois de mars dernier et font danser dans les boîtes de nuit de Paris à Tokyo depuis 2003 avec leurs tubes Never Be Alone et D.A.N.C.E. Le duo est français, composé de Gaspard Augé et de Xavier de Rosnay. Ils enregistrent dans une cave du IIème arrondissement de Paris des morceaux produits par le très branché label Ed Banger Records de Pedro Winter. Bref, rien à voir avec la cité, le ghetto, la haine.

Mais à même pas trente ans, les deux jeunes hommes sont de la génération MTV, pour qui les clips vidéos ont autant d'importance que la musique. Pour Stress, ils ont choisi le réalisateur Romain Gavras, cocréateur du collectif d'artistes Kourtrajmé et fils de Costa-Gavras. Autant dire qu'aucun d'entre eux n'ignore l'impact que peuvent avoir de telles images.













justice stress (official video)
Uploaded by 75_prod




Ambiguïté



Chez les policiers, dont une dizaine est sévèrement tabassée dans la vidéo, on se dit extrêmement choqué. A l'instar de Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat policier SGP FO : «Même si ce clip correspond à une réalité quotidienne de la culture de la violence, il ne pose pas un problème de société, il racole.»
Quel était le but de ce clip, à part, donc, choquer et «racoler» le spectateur? Le réalisateur, les artistes et la production refusent de communiquer sur le sujet. Romain Gavras nous assure qu'il «préfère que les gens se fassent seuls leur opinion» et ne souhaite pas expliquer sa démarche. C'est un peu court, quand on sait que le public visé –la jeunesse – n'y verra probablement qu'une nouvelle forme de banalisation - voire même matière à identification. Gavras fils n'assumerait-il pas son film au point de se dégager de toute responsabilité ? Quant aux musiciens, leur posture d'artistes mystérieux jouant les coquets auprès des journalistes ne pèse pas lourd face à des images troublantes de réalité.
Stress ne sera en tout cas pas diffusé à la télévision. Mais il a de beaux jours devant lui sur le Net, où il explose déjà avec, à ce jour, près de 400 000 vues sur Dailymotion et des centaines de commentaires relayés par de nombreux blogs. Une chose est sûre, la violence comme stratégie marketing, ça marche.




Jeudi 08 Mai 2008 - 07:02



Pauline Delassus