Merci à Yerum Dark.
C'est le 7 décembre dernier, dans un quartier central d'Athènes et proche de l'université d'architecture que Andréas Grigoropoulos, 15 ans, fut abattu par Epaminondas Korkonéas, policier de 37 ans, alors en patrouille avec un collègue dans ce quartier. Bien que celui-ci ait affirmé avoir tiré en l'air afin d'écarter le groupe de jeunes qui lui lançaient des cailloux et déclaré que seul un ricocher avait pu tuer l'adolescent, des images depuis ont démontré le contraire.
Homicide volontaire ou non cet acte fut le point de départ d'une vague de violences organisées et définitivement prête à en découdre avec les forces de l'ordres. Athènes a donc été la cible de la destruction de nombreux magasins (plus de 600 à ce jour-20/12/2008) mais aussi d'immeubles incendiés et d'affrontements entre les policiers (l'équivalent de nos CRS) et des bandes d'émeutiers.
Il faut savoir qu'un climat de tension s'était installé depuis un bon moment en Grèce compte tenu de la crise économique qui sévissait plus qu'ailleurs. En effet le SMIC grec se situe à hauteur de 700 euros par mois et le prix de l'immobilier et des produits de consommation sont quant à eux plutôt élevés. Depuis deux mois maintenant de nombreuses manifestations et grèves contre la privatisation des transports ou encore la régularisation des immigrés (10 % à ce jour) faisaient parties du paysage quotidien. A cela s'ajoute une certaine haine de l'autorité et de l'attitude des policiers pour un pays qui ne vit plus sous une dictature depuis seulement 30 ans.
Malaise économique ancré dans la société, ces « émeutes sociales » orchestrées à Athènes par les anarchistes et divers membres des partis de gauche ont finit par s'étendre sur tout le pays dans les grandes villes : à Thessaloniki ou encore Patras mais aussi sur les îles à Corfou ou Paros.
En tant que français à Athènes ces émeutes nous rappellent obligatoirement celles de 2005 en France étant donné la proximité des faits : un jeune homme est abattu suite à une altercation avec des policiers, ce qui entraîne une vague de rébellion impressionnante. Pour autant la cause des émeutes comme l'identité des émeutiers n'est pas vraiment la même. Les émeutiers grecs par exemple sont en réalité beaucoup mieux organisés. En effet chaque action est précédée de la mise hors service des cameras de surveillance, de la protection de leur visage (pour lutter contre les gaz lacrymogène et ne pas être reconnu par les medias) et enfin de la préparation de cocktails Molotov au préalable. Par ailleurs ils sont aussi beaucoup plus concernés politiquement et à la différence de nos émeutiers la plupart sont des membres actifs de partis politique ou ont tout simplement un objectif politique plus précise derrière la tête et non simplement une haine du système (ou de la société occidentale). Enfin, le fait qu'Athènes soit une plus petite ville que Paris où le coeur politique est facile d'accès, les actions entreprises touchent directement le gouvernement (un peu comme si des émeutiers cherchaient à détruire l'Elysée).
Deux semaines plus tard, la tension n'est toujours pas retombée. En effet les émeutiers reprochent au policier de ne pas s'être excusé tandis que les partis de gauche ne cessent de demander de nouvelles élections au gouvernement en place qui ne sait pas comment réagir, hésitant entre répression et laisser faire. Bien que les informations françaises aient montré les émeutes comme une apocalypse, nous n'en sommes pas encore là. Cependant ces émeutes ont coûté des millions à l'Etat avec malheureusement bien souvent des dégâts irréversibles pour les commerçants. Les affrontements entre force de l'ordres et émeutiers ne cessent du coté de l'université d'architecture (un peu la Sorbonne grecque) dans laquelle les policiers ne peuvent pas rentrer compte tenu de la législation qui leur interdit de passer les portes de quelconque université grecque.
En définitive on se dirige vers un apaisement des nuits de destructions bien que la tension et le malaise profonds soient toujours bien présents, n'attendant qu'une petite étincelle pour tout refaire voler en éclats.
Yerum Dark