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mardi 27 mars 2007

Présidentielle 2007 : Légitimité du discours politique VS propagande

A nouveau, nous ajoutons à notre liste de coopérateurs une nouvelle personne, une certaine *T* qui revient sur le traitement abusif réservé à certains candidats. *T* est aussi l'occasion d'accueillir un nouveau discours au sein de LdM, sans doute une autre vision des choses, d'autant que je suis loin de tomber d'accord avec tous les points qu'elle développe. Je participerai donc à la discussion. Comme toujours, je me devais d'écrire ces quelques mots pour sa première participation, mais uniquement pour celle - ci. Bonne lecture, c'est bien écrit et entraînant. Gad.


Je viens de recevoir un énième chain mail anti-sarkozyste de la part d’amis qui n’en peuvent plus de se gargariser avec leur prétendu « engagement politique ».



Et ça m’énerve. Que les choses soient claires : je suis d’accord pour critiquer Nicolas Sarkozy, et ce sur divers points qui lui sont objectivement imputables. MAIS svp, on vérifie ses infos avant de les balancer sur le web : ce mail est truffé d’informations erronées et tombe dans des travers si grossiers que son discours en perd du coup toute crédibilité (taxer par exemple Sarko de « nazi » quand on sait qu’il a des origines juives du côté de sa mère et qu’une partie de sa famille a été décimée dans les camps c’est non seulement ignorer la définition même du terme « nazi », une erreur lexicale, mais surtout franchement insultante). Bref, il s’agit ici – vous l’aurez compris - d’un prétexte à un coup de gueule plus général contre ce que l’on nomme le discours de propagande – celui-là même, hélas, qu’on nous sert à toutes les sauces depuis le début de cette campagne électorale.



Or la déontologie, l’honnêteté intellectuelle, la responsabilité me semblent être des qualités absolument primordiales dès lors qu’on s’attaque au discours, tout discours politique qui s’assume en tant que tel en revendiquant une légitimité propre.



Le droit à l’existence, à la reconnaissance du discours politique, sa légitimité, dépendent précisément –exigence éthique fondamentale- de son contenu informatif.



Un discours responsable, qui peut et doit pouvoir répondre de façon argumentée, sérieuse, documentée –et non pas se contenter de reprendre quelques accusations faciles glanées ici et là, accusations que l’on n’aura pas pris la peine de vérifier.



Si je trouve bon le principe de libre-circulation des idées -on reproche trop souvent à notre génération Star Ac’ de ne pas échanger suffisamment en politique- ce n’est pas pour autant que tout et surtout n’importe quoi ne doit pas être repris et analysé avec une certaine distance, la plus impartiale possible (étant entendu que la parfaite objectivité n’est qu’un idéal impossible à concrétiser. Et que parfois –qui plus est en politique- il est bon de sortir un peu du Monde des Idées).



À l’heure de cette campagne présidentielle 2007 où le débat politique vole au ras des pâquerettes, occulté et réduit à une pure publicité, totalement vidé de son contenu, il est urgent de maintenir une certaine vigilance et de rectifier le tir quand cela s’avère nécessaire.





N’oublions pas ainsi –et je précise une fois de plus que je ne tiens pas à faire l’apologie de Sarkozy pour lequel je ne voterai d’ailleurs sûrement pas, mais simplement à rétablir ici quelques points- que, comble de l’ironie, ce candidat de l’UMP tant décrié et qualifié à tout va par une extrême-gauche agitée adepte d’amalgames faciles et dangereux de « facho » « lepéniste » « xénophobe » « néonazi » fait l’objet à l’heure actuelle d’odieux propos antisémites et caricaturaux, notamment sur le web, du style « Sarkojuif est un sale juif, ben tiens, c’est pour ça qu’il n’aime pas les arabes »… Propos qu’il n’est malheureusement pas rare de trouver au sein même d’un certain électorat de gauche qui prétend pourtant combattre la xénophobie : si l’on surfe un peu sur les forums, on voit parfois ressurgir –entre dégoût et incrédulité- l’éternel fantasme du complot juif « Sarko défend les Américains qui défendent les méchants Israéliens qui massacrent les pauvres musulmans »



Oui on peut reprocher à Sarko beaucoup de choses : sa campagne de désinformation lors de la catastrophe de Tchernobyl alors qu’il était délégué interministériel au nucléaire, le fait qu’il ait effectivement « menti » en finissant par privatiser GDF ou qu’il ait offert sur un plateau la Légion d’honneur à Pierre Bernard, maire d’extrême-droite au comportement choquant, révoltant –remarque, de toutes façons (au risque de vous décevoir) recevoir la Légion d’honneur dans notre douce France, ça ne veut plus rien dire ! Ils la donnent à tout le monde : même cette crapule de Papon aura réussi à être enterré avec, c’est dire !



On peut reprocher à Nicolas Sarkozy beaucoup de choses, les occasions ne manquent pas, citons encore entre autres son rôle dans l’affaire Clearstream, son soutien envers Bush et la politique de ce dernier en Irak… Sa surmédiatisation, cet acharnement parfois tellement agaçant à faire parler de lui –en même temps, c’est de bonne guerre comme dirait l’autre : cela fait quelques temps déjà que nous sommes entrés dans la politique du spectacle.



Mais si vous voulez être crédibles, reprochez-lui justement des faits établis ! Ne vous condamnez pas vous-mêmes en tombant dans le propos mensonger, vous perdez de fait toute légitimité ! Ainsi, on peut reprocher par exemple à Nicolas Sarkozy un certain autoritarisme dans la conception qu’il se fait de la politique mais en revanche, parler de « totalitarisme »ne me semble pas être, une fois de plus, le terme adéquat[1].



S’il est vrai qu’on peut encore relever contre lui ces mots provocants et peu subtiles qui datent de 2005 (« racaille », « karcher »), à l’origine de la révolte –toutefois latente- des banlieues, en revanche il ne faut pas non plus tomber dans le discours caricatural de base : on peut être jeune ET de droite ET ne pas négliger l’importance du social en politique ET refuser les dérives capitalistes, on peut même être étudiant ET de centre-droit ET refuser de se reconnaître dans Bayrou (waouh ! ben ça alors)




Gardons-nous donc des clichés, des jugements hâtifs à l’emporte-pièce qui inscrivent et condamnent d’emblée le discours dans une immédiateté dangereuse, arbitraire et finalement dogmatique.



A l’inverse de la réaction, seule la médiation du logos, la réflexion raisonnée et surtout nuancée peut nous protéger du préjugé.



Sarko n’est ni un facho ni un héros : méfions-nous des étiquettes caricaturales, n’en faisons pas un diable ni une idole, car c’est là aussi le danger qui nous guette.



Non, le candidat de l ‘UMP ne se réduit pas à l’héroïque négociateur de la prise d’otages de Neuilly, comme non plus à l’ami de P. Bernard.



Il faut savoir lire au-delà des images, discours immédiats et autres constructions médiatiques qui nous sont donnés à voir et à entendre de façon spontanée.



Dé-coder l’image cryptée, procéder avec prudence et lucidité.



Oui, il faut bel et bien démonter l'image que Sarkozy se donne, mais pas seulement celle de Sarko d’ailleurs : celle de TOUS les candidats politiques qui nous en donnent l’occasion. Et foin de dramatisme théâtral et de prédictions catastrophistes du genre « c’est la fin du monde » (« la IIIème guerre mondiale », «une dictature sans précédents dans l’Histoire de la France », au choix)


Sans nous laisser emporter, donc, par un discours aveugle, totalement dé-lié, qui reprendrait par là même la démarche de ce qu’il prétendait condamner à corps et à cris, calmons-nous, raisonnons, discutons, NE NOUS ENFERMONS PAS: gardons le débat ouvert, et ne craignons surtout pas un mot qui fait peur aujourd’hui, un mot tabou, honteux, stigmatisé, presque un gros mot apparemment : la différence. Les différences. Nos différences.






*T*






[1] C’est même un énorme contresens : un simple coup d’œil au dictionnaire Robert vous le dira, l’exact contraire du « totalitarisme » en politique c’est le… « libéralisme », idéologie assez clairement revendiquée par Nicolas Sarkozy pour l’ignorer ! Si un « régime totalitaire » est un « régime à parti unique, n’admettant aucune opposition organisée (…) » (dictionnaire de la langue française Le Petit Robert, éd.2002), je vous rassure tout de suite, nous sommes donc encore très loin de la dictature de la pensée. Voir également Raymond Aron, Démocratie et totalitarisme, Paris, Gallimard, 1965.



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