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dimanche 22 octobre 2006

La vie à la Cité... Témoignages

Je le rappelle, lumieresdumonde permet à ceux qui le souhaitent, de s'exprimer, de témoigner, de faire passer ses idées, de nous informer. Beaucoup l'ont déjà fait. D'autres encore sont attendus. Ici, O'Brian a entrepris de nous raconter quelques anecdotes de sa vie en banlieue parisienne. Ce dernier a souhaité faire un effort pour lumieresdumonde, nous l'en remercions. Son style est simple, sans gêne, direct, et ce qu'il raconte, en intéressera plus d'un! Bonne lecture.


Gad.




Cet article repose sur mon vécu. J’ai habité dans une cité à Evry pendant 15 ans et j’aimerais vous parler de mon expérience, non gratifiante et unique, mais qui vise à faire prendre conscience aux gens qu’il y a en France une violence non fondée et gratuite sur autrui. Ca fait partie selon moi d’un des plus grand abcès de la société française.






J’habitais dans la cité qui se situait près de la mosquée d’Evry, le CANAL, c’est ainsi qu’on l’appelait. Quartier paisible et tranquille jusqu’à la dérive d’une certaine génération se situant dans les années 80. Mon père y a vécu 15 ans avant ma naissance également, je pouvais même le voir dans des photos de famille y faire ses footings jusqu’au centre ville (actuellement devenu une cité pourrie). Que c’est-il passé? On ne sait pourquoi mais dans les années 80 sont apparus les premiers fauteurs de troubles. Durant toute mon école primaire, j’ai vu des choses qui m’ont tout de suite interpellé. Il est bien évident qu’en école primaire votre maturité ne vous permet en aucun cas de prendre du recul par rapport à la situation. La violence, les bandes de copains pour frapper un camarade de classe sont des choses tout à fait normales en école primaire. Cependant je savais très bien que l’école primaire ou j’étais n’était pas comme les autres. La violence y était gratuite. Un regard mal placé, un prétexte. Tout était bon pour se battre. Je me souviendrais toujours de ce pauvre camarade qui s’est fait casser le bras par un délinquant sous prétexte qu’en jouant au basket il lui a jeté la balle sur l’épaule alors que c’était un acte involontaire. Ce même délinquant rodait toujours dans mon square se baladant avec un couteau et le plantant d’un sadisme à vous glacer le sang. Comment laisser son enfant se balader avec un couteau à l’age de 10 ans? Je ne comprenais pas ses choses là. De même que je ne comprenais pas pourquoi l’on pouvait se faire casser le nez en osant ne serait ce que croiser le regard d’un autre individu qui sous une simple parole, «raciste», en finissait avec votre cas. Les agressions étaient courantes, pour 2 franc par exemple. Voyant que j’étais têtu, au lieu de s’en prendre à 2 contre moi, ils ont eu l’intelligente idée d’en ramener un troisième. Tout ça pour deux francs quand même faut le faire. Pour une cigarette aussi, saviez-vous que si vous êtes non fumeur vous partez avec un malus car vos agresseurs ne vont croiront pas si vous leur dîtes que vous êtes non fumeur. Ils vont dirons que vous êtes raciste, et si vous leur dîtes non, c’est pas un problème puisque le but même de demander une cigarette à la base était tout simplement une approche pour vous dépouiller. Vous pouvez toujours ne pas vous laissez faire mais quand on se met à trois contre vous, vous retrouvez en général par terre en train de recevoir des coups de bâtons ou parfois, de barre en ferraille. Le racket je l’ai vécu oui. Je n’ai pas honte de le dire, j’ai été racketté, je me suis défendu en vain. Comme mes amis, dont l’un a eu un traumatisme crânien et s’est reçu une dizaine de coup de batte de base-ball sous prétexte qu’il était de la cité ennemi (les Epinettes). Les bagarres de cité pouvaient aller loin, à tel point qu’un antillais connu pour son calme et sa générosité a été sauvagement et froidement abattu par des jeunes des Epinettes et Aunettes alors qu’il rentrait de son entraînement de boxe. Une voiture s’est arrêtée, lui et son camarade se sont approchés quand Romuald (l’enfant qui a été tué)a dit «pompe» a son ami, ce qui signifiait (fusil a pompe)! Son ami est parti en courant et Romuald n'a pas eu le temps car il s'est fait tirer dessus au fusil à pompe (d’ailleurs il a même été blessé et achevé de deux autres coups de chevrotine). Le motif: il habitait au canal (quartier ennemi des Epinettes). Les jours suivants ont parfois été insupportables car les jeunes de notre quartier, comme-ci il ne manquait plus que ça, voulaient se venger de la mort «d’un des leurs». Dans le camp de l’autre cité, le comportement n’était pas mieux, ils interpellaient tout le monde en demandant s' ils venaient du canal, ils allaient même jusqu’à agresser à la sortie de leur lycée les jeunes qui habitaient au canal et de notre coté, c’était la même chose. Pendant un mois complet les CRS partout. La nuit les affrontements, violents. Certains policiers étaient blessés.



Lors des émeutes de banlieues de novembre 2005, lorsque vous entendiez aux infos que les Pyramides, un quartier d’Evry, avait fait l’objet de violences, son quartier rival, les Tarterets à Corbeil-Essonne redoublait d’effort pour dépasser le palmarès de voitures brûlées et de policiers tabassés. Ils en sont même venus jusqu’à utiliser des fusils de chasse et des cocktails Molotov, voire des extincteurs et des bouches d’égouts. Pareil pour la cité de la grande borne (surnommée la cité de la peur) ou des policiers ont été tabassés et brûlés à un certains degré. Toute cette violence, et tout ça pourquoi? Des mioches qui sont morts dans un transfo? Des voitures de smicard brûlées, des salles sportives détruites, des poubelles enflammées, des pompiers attaqués. Toute cette violence est écœurante mais comment des jeunes en arrivent-ils à un tel point de folie? Quand je vivais dans cette cité et que je voyais des jeunes de 14 ans traînés dans les cages d’escalier de l’immeuble de mon meilleur ami j’ai vite trouvé la réponse à cette question. Lorsque vous y rentriez ils s’arrêtaient de parler, vous dévisageaient du regard d’une manière provocante, méprisante et agressive. Urinant à coté de vous, crachant leur fumé de shit ignoble à la figure. Des fois ils vous laissez même pas rentré. «Dégage!!!». Sympa!!!! Le respect n’existait pas de manière acquise, il fallait se battre pour l’avoir. Même à l’entraînement de foot. «Qu’est-ce-tu fais sale blanc?».



Sans parler des tournantes. Quand vous jouez à cache-cache avec des amis dans un bois où l’on retrouve des soutiens gorges, des préservatifs, forcément c’est un endroit malsain. D’ailleurs deux semaines après nous avions appris qu’une fille y avait été violée. La police dans tout ça, que fait-elle? Et bien ça dépendait des policiers. Soit elle patrouillait, soit elle se mettait de l’autre coté de la rue pour vous mettre des amendes. Quand il s’agissait d’arrêter un «jeune», bizarrement elle intervenait mais suite aux cris du «jeune» interpellé, elle le relâchait car forcément, elle avait peur des 15 autres qui pouvaient arriver. Ca n’inspire pas le respect. Les policiers y venaient avec zèle. J’ai fréquenté des hommes du milieu de la gendarmerie et de l’armée, croyez-moi, ils n'aiment pas la police pour les raisons que je vous ai dit. Pour en finir avec cette article je tiens à souligner brièvement le racisme. J’en ai vu de toutes les sauces. J’ai entendu des noirs s’insulter de sale nègre, entre antillais et africain ça le fait non? J’ai entendu des sales blancs. Quand je faisais du foot, l’on me disait «toi sale blanc passe la balle». J’ai aussi entendu des propos comme, «madame vous avez vu tous les problèmes qu’on a avec les bronzés». Bref, autant dire que tout ceci à des airs de guerre civile si on ne fait rien. Des tags du genre,«la France future terre de l’islam vive le GIA». Des commentaires à vous glacer le sang. Des français moyens qui promettent d’utiliser leur fusil de chasse à une prochaine guerre civile. Voilà ce que je crains. Tout ceci, c’est la haine. Ça ne devrait pas être.








O Brian

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